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Dj Mehdi, Carte Blanche

Ce devait être une collaboration éphémère mais après un premier EP, une mixtape, un clip, des remixes, des dates un peu partout dans les festivals puis un nouvel ep… Dj Mehdi et Riton sont devenus inséparables. Le 8 octobre prochain, ils joueront sous la nef du Grand Palais, une sorte de consécration pour un projet qui se revendique comme un hommage moderne à la musique de Chicago des années 90.

Si aux côtés de 113, il était un prince de la ville, c’est sous l’égide de Pedro Winter au sein d’Ed Banger que Dj Mehdi s’est révélé en maître de la nuit, capable de tenir en haleine un club entier durant toute une soirée, comme il l’a fait en septembre dernier lors de son all night long au Point FMR. Des studios enfumés de la Mafia K’1 Fry aux warm up endiablés de Justice, il n’y avait qu’un pas pour le producteur à l’esprit large qu’il est. Insatiable curieux, Mehdi ignore les frontières musicales et se moque des genres : exemple parmi d’autres, c’est à lui qu’on doit notamment un, si ce n’est le meilleur, morceau de Booba, Couleur Ébène, sur lequel, surfant avec une grâce folle, le lyriciste agréé se joue de l’instru piégeuse tendue par son lucky boy de beatmaker. Aussi, en quelques années, Mehdi a parcouru des milliers kilomètres, joué dans une grande partie des meilleurs clubs et festivals au monde et par conséquent, rencontrés des tonnes de personnes. Parmi elles, un coup de foudre, Riton, son homologue anglais avec qui, il s’est lancé dans l’aventure Carte Blanche.

Comment s’est passée ta rencontre avec Riton ?

Pendant longtemps, il ouvrait pour Soulwax, tandis que je le faisais pour Justice. Et parfois les routes se croisent, au hasard des plateaux. Du coup, on est devenu amoureux l’un de l’autre assez rapidement et on a décidé de faire ce projet.

Un nouveau duo de producteurs électro qui s’ajoute à la liste après Renaissance Man, The Krays, Gucci Vump, Duck Sauce, Major Lazer… une vraie tendance ces derniers temps. Pourquoi ce besoin de travailler à deux ? En tant que producteur en solo, qu’est ce que ça t’apporte ?

C’est quand même plus marrant d’être deux, ne serait ce que pour tourner, c’est une meilleure façon de passer le temps. Après, il y a plus d’idées quand on collabore. Chacun a ses points forts, il y a des choses que je n’aime pas trop faire qui ne dérangent pas Riton, d’autres qui  m’amusent, lui moins. L’autre raison, et je parle pour mon cas, est que je suis producteur de rap avant tout et même quand je faisais de la musique instrumentale, je l’envisageais comme une forme de hip hop alors que pour le projet Carte Blanche, il s’agit d’une autre musique, qui n’a pas grand chose de hip hop. Le projet a été conçu et imaginé comme étant un hommage moderne à la musique de Chicago des années 90 et je ne suis pas à proprement dit un spécialiste de ce genre de musique et encore moins un compositeur de house. J’avais des affinités, j’en joue je travaille beaucoup avec Zdar de Cassius et avec des gens très pointus dans ce style mais je n’avais jamais passé le pas, passé la frontière inexistante, qui n’existe que dans mon esprit. Même quand je faisais de la musique auparavant, je me cantonnais à une forme, élaborée peut être, mais une forme de hip hop. Aussi parce que je ne me sentais pas forcement la légitimité, le fait d’avoir monté un groupe qui est autre, qui a sa vie propre – il y a des gens qui aiment Carte Blanche sans forcément connaître ce que je fais – ça m’a donné comme qui dirait « carte blanche » pour pouvoir exprimer quelque chose d’autre que ce que j’ai pu faire quand j’étais plus jeune.

Puisque tu en parles, faisons une parenthèse, comptes-tu revenir à la production d’un album solo comme tu as pu en sortir ?

Oui bien sur, je n’ai pas arrêté.

Car on te sent moins dans le hip hop, du moins médiatiquement, tu tournes en tant que dj électro…

J’essaye de garder les deux très franchement mais c’est dur de le garder à un niveau équivalent. Parce que d’abord, j’ai fait beaucoup de rap et de hip hop donc j’ai aussi moins d’idées, moins de choses à faire, d’excitation à le refaire alors qu’un médium nouveau comme l’a été la musique électronique pour moi, m’offre la possibilité d’y trouver quelque chose à inventer personnellement. Les propositions qui me viennent plutôt du milieu rap me branchent moins. J’ai l’impression de m’être asséché, je n’aurais pas envie de refaire en moins bien les choses que je faisais déjà il y a 10 ans ou 15 ans avec mon groupe ou les artistes avec lesquels j’ai pu collaborer.

Pourtant tes albums solos ne sonnaient pas forcément hip hop… du moins dans le sens auquel on pouvait s’y attendre.

Le hip hop et le rap sont des mouvements vivants, que ce soit les rappeurs, les graffeurs, danseurs… ils inventent le mouvement en permanence. Il n’y a pas de gardiens du temple, ce n’est pas une boîte de nuit avec un videur à l’entrée qui dit « toi t’es hip hop et pas toi ». Chacun peut exprimer sa façon d’être hip hop, Dj Shadow ne fait pas la même chose que Dj Premier.

Et donc pour toi, ces albums étaient clairement hip hop ?

Je les vois comme ça et c’est comme ça que je les ai composés. Je n’avais pas de velléités autres que celle de décrire mon quotidien. Je rencontrais des musiciens qui venaient des Hauts de Seine, je devenais copain avec Pedro, avec Matthieu Chedid ou encore Diam’s et j’avais envie que ça s’entende sur mon disque  comme si je tenais un journal intime. J’y consignais les rencontres musicales et autres que je faisais dans ma vie et qui ne sont pas les mêmes à 25 ans qu’à 30 ans. Il me semblait évident, dans cet esprit de sincérité et de vérité, que ma musique évolue au même moment que moi. J’ai quitté mon groupe, je me suis marié, j’ai eu un enfant… si j’avais continué de faire la même musique que je faisais quand j’avais 17 ans, j’aurais eu l’impression  parfois de rester bloqué et de pas autant évoluer. Pour compléter, je peux ajouter deux choses : Bob Dylan disait « qui n’est pas occupé à naître est occupé à mourir » C’est quelque chose qui me parle. Et deuxièmement pour nuancer ce que disait Bob Dylan, il y a toujours besoin pour des mouvements comme le hip hop, le skate, le punk… des mouvements qui naissent notamment dans l’adolescence ou dans la jeunesse, il y a toujours besoin de gens pour qui les choses ne doivent pas changer. Il faut que ça reste la même chose comme s’il y avait un âge d’or… Si pour certains le hip hop c’était en en 88, c’était les blocks party avec Grand Master Flash, c’était les disques de Gang Starr, de Tribe Called Quest, il faut aussi qu’il y ait des gens qui innovent, qui disent non ce n’est pas ça le hip hop. Le hip hop maintenant c’est Lil John, c’est Lil Wayne, Drake, David Guetta… je n’en sais rien. Il y a comme une force progressiste et une force conservatrice qui permettent d’équilibrer le mouvement. Mes deux albums solo étaient une façon de faire avancer le truc. Peut être que si j’étais venu de New York, j’aurais eu une vision ethnocentrée mais le fait est que je suis né à Paris et déjà, rien que ça, c’était déjà différent. On rappait en français, on avait d’autres influences : la musique française, la musique des colonies que le hip hop us et même anglais ne connaissent pas. A ce titre on a toujours fait une version du rap qui était différente.

Pour en revenir à Carte Blanche, comment se passe le processus de création ? Est ce qu’il y a un partage des tâches particulier ?

Il y a un genre de routine, dans le bon sens du terme, qui s’est installé dans notre façon de travailler. Il y a un truc que j’apprends en étant en duo, c’est le compromis. Un des pires mots de la langue française mais c’est plus technique qu’autre chose, notre musique est vraiment notre musique à tous les deux. On ne garde jamais quelque chose que l’autre ne veut pas.

Et pourquoi la house ?

Les rencontres et un sens commun du rythme. Il y a un tronc commun à la musique électronique, avec différentes branches, différents genres mais ces musiques sont faites avec les mêmes machines, les mêmes synthétiseurs et boites à rythmes, les mêmes procédés techniques. C’était donc assez naturel de passer d’un genre à l’autre.

Et pourquoi précisément la house et pas la techno ou autre chose ?

Je suis intéressé par tout même si certaines musiques me parlent moins que d’autres. Il n’y a pas de musiques à part peut être la gabber ou la transe et encore, qui ne m’intéressent pas à priori. La house m’est apparue plus ludique et possède une intensité qui me parle plus.  Il y a aussi une chose qui est importante dans ces genres musicaux, c’est qu’ils s’expriment par la fête, en club plutôt que chez soi.

Puisque tu parles de faire la fête, à quoi ressemble Carte Blanche sur scène ? Doit on parler de live, de dj set augmenté… ?

On appelle ça une revue. C’est une sorte de dj set augmenté comme tu dis puisqu’il n’y a pas d’instruments à proprement parler sur scène mais on recréer avec 4 platines et une boite à rythme tout le répertoire de Carte Blanche. Puisqu’à l’origine, notre instrument principal c’est les platines, on n’allait pas s’inventer une vie de batteur ou de guitariste, même si on sait jouer. La façon de se produire sur une scène qui nous a semblé la plus naturelle, c’était de le faire en tant que dj.

Et du coup, c’est un set à 100% Carte Blanche ou d’autres morceaux se glissent dans la sélection ?

Non, on ne joue que du Carte Blanche, ce qui nous permet de nous rapprocher de ce que les gens entendent par live même si on ne l’appelle pas comme ça. Un dj set augmenté d’une petite revue de danse, inspirée des vidéos que l’on a pu récupérer des années 80 à Détroit ou Chicago. Voilà, dans l’état d’esprit, c’est plutôt la teuf que la performance musicale live à proprement parler, il n’y pas de solo par exemple.

Un show que l’on retrouvera le 8 octobre prochain sur la scène du Grand Palais, qu’est ce que cela t’évoque de jouer sur une telle scène ?

D’abord il y a une certaine pression, le show sera comme d’habitude, c’est à dire que l’on ne va pas rajouter une tonne de danseuses car on cherche à occuper l’espace avec nos personnalités. J’ai un peu peur pour le son, un espace aussi grand avec une voute comme ça n’est jamais facile à sonoriser. Mais c’est un nouveau challenge. Et puis je crois aussi que ça filme en même temps ?

En effet…

Ça aussi, c’est un autre challenge, j’ai toujours du mal à me regarder après coup.

Ed banger est connu pour avoir été un pionner dans la manière d’aborder les mutations du marché de la musique en comprenant très vite que la musique à l’heure d’Internet ne se vendrait pas comme auparavant. On l’a vu à travers diverses collaborations avec des marques, comme Justice dernièrement avec Adidas ou des innovations comme Cassius et son appli Iphone. Comment, de ton côté d’artiste, perçois tu ces mutations ?

Je viens d’une autre époque donc j’appréhende ces changements avec doute. Parfois je trouve ça bien car cela nous permet de faire aboutir nos projets, il m’arrive aussi de préférer comment c’était avant mais ce serait nostalgique voire dépassé d’imaginer que ça pourrait, ça pouvait continuer, que le monde allait pouvoir changer avec internet mais pas nous, tout ça pour pouvoir protéger les revenus de certains acteurs de l’industrie. Je ne vais non plus te dire que je tombe de joie que ça se passe comme ça aujourd’hui. Je ne m’en ferais pas l’avocat mais je ne vais pas non plus cracher dessus, moi même je participe à la pub Adidas. Ce qui nous permet de financer d’autres projets, de mettre du budget dans des choses que l’on ne pourrait pas faire autrement.

Pour terminer, quelle est l’actu de Carte Blanche ?

La tournée et puis un maxi de remixes pour la rentrée.

Et sinon, un feedback de la part de Michel Polnareff ?

Et non ! Je sais que Michel Polnareff connaît Ed Banger puisqu’il a déjà vu certains artistes pour leur proposer de travailler avec lui sur un prochain disque, ce qui ne s’est pas fait finalement. Je sais donc qu’il est, pour citer Jean Claude Van Damme, « aware » à propos d’Ed Banger mais pas de retour sur Lettre à France… j’aimerais bien car je suis assez fier de cette intro.

Michel, si tu nous lis…

 

BONUS VIDEO :

Mehdi nous parle de son été :

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