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Pedro Winter vs Busy P

Inutile en 2010 de présenter l’homme qui fait danser la France et le monde depuis les années 2000. De Daft Punk à Ed Banger Records, Busy P aka Pedro Winter s’est imposé définitivement au sein de la scène internationale musicale. C’est lors de son passage au NAME Festival en septembre dernier qu’on lui a posé quelques questions sur son label et sa double casquette de manager et de dj.

Alors Pedro, comment s’est passée cette édition du NAME 2010 ?

C’était cool, c’était ma première fois. Les gens ont été gentils avec moi. De 01 à 03h j’ai transpiré et j’espère que les gens aussi. Je suis assez flatté d’avoir été invité à ce festival car il est un peu pour moi parmi les meilleurs de France. S’il fallait en sélectionner quatre en France, j’aurais choisi Les Nuits Sonores à Lyon, Astropolis à Brest, NAME Festival à Lille et Scopitone à Nantes.
J’étais donc super content d’être invité et je trouve ça bien que nos amis programmateurs s’ouvrent un peu. Ce soir on a pu voir que le grand écart était plutôt sexy et réussi : Ebony Bones, Uffie, Radioslave, Damian Lazarus, Paul Kalkbrenner et moi : je trouvais ça assez drôle qu’on se trouve tous sur le plateau. En voyant le monde ce soir je pense que les programmateurs se sont rendus compte que les gens ont envie d’écouter un peu de tout.

C’était un peu l’émeute pendant le concert d’Uffie, non ?

Oui c’est son grand truc, elle aime bien inviter toutes les filles sur scène c’est rigolo.

C’est un peu l’année des grandes premières pour toi, par exemple avec les Nuits Sonores et le NAME où c’était ta première venue. Penses-tu que la France par rapport à la scène internationale est un peu en « retard » par rapport à d’autres pays comme les USA ?

C’est un peu la blague que je faisais au début en disant qu’il faut que les programmateurs français se débouchent un peu les oreilles et regardent autour d’eux. L’exemple a été flagrant aux Nuits Sonores qui est un festival que je respecte beaucoup et j’ai été vraiment touché d’y être invité car j’ai eu un super bon slot là-bas comme à Astropolis d’ailleurs.
Les Nuits Sonores m’ont déjà tendu une perche pour l’an prochain alors je pense que  c’est plutôt bon signe. Mais je t’avoue que je suis plutôt patient. Je ne suis pas un guerrier, un revanchard, j’ai tout mon temps. J’ai commencé à mixer à 1995 donc ça fait déjà un moment et je vais pas attendre non plus que les programmateurs m’invitent pour me flatter et me faire sentir comme faisant parti d’une certaine élite de dj. Sincèrement je suis toujours flatté de jouer en France. C’est important. Après comme je suis fier d’être français, c’est important pour moi de faire partie de ces festivals. Avec Daft Punk ou Ed Banger Records maintenant on porte toujours fièrement l’étendard français et je trouve ça génial de voir par exemple Mr. Oizo en headliner de Marsatac.

Si tu devais choisir entre le rôle de manager et de dj ?

C’est une bonne question mais j’ai pas vraiment envie de choisir. Ca me ferait chier d’être que DJ. Est-ce que finalement ce ne sont pas les gens qui font des séparations entre le manager et le DJ et cette fameuse question : est-ce que tu es un artiste ou pas ? Tu peux prendre Tony Wilson, le fondateur et directeur artistique de Factory Records, lui était un artiste alors que c’est à la base un businessman. Malcolm Mclaren, pareil, il était que manager d’un groupe, les Sex Pistols, et maintenant qu’il est mort tout le monde parle de lui en tant qu’artiste. Laissons le temps faire les choses. J’aime bien jongler avec tout ça, changer de casquette. J’ai pas envie de choisir et c’est aussi un luxe que je me paie : ce matin j’étais au bureau à 10h à traiter des factures et ce soir je suis avec vous.

En parlant de management, tu sors des choses assez différentes sur Ed Banger Records depuis un petit moment : Breakbot, Squarepusher, Carte Blanche… Toi, qui est un véritable amateur de rock, tu te vois sortir un groupe un jour ?

Complètement. Encore une fois c’est un luxe cette liberté de pouvoir sortir les disques qu’on veut. L’évolution du label est assez naturelle. Je crâche pas dans la soupe en disant que je pense qu’on est arrivés à un certain niveau de saturation, de caricature de nous même avec les faux Justice etc. C’est à nous de montrer l’exemple, en étant responsable de tout ce mouvement là. Je sais pas si vous avez écouté ce soir mais j’ai fait une demi-heure de turbines, une demi-heure de dubstep et une bonne heure de house. Bien sûr je m’éclate toujours à jouer des trucs qui tabassent mais je fais attention à ne pas tomber dans la caricature et dans le syndrome du début des années 2000 où toute la France après Daft Punk a fait de la disco filtrée et évidemment c’était naze. Suite à ça tout le monde s’est détourné de la musique française. Heureusement on a ramené le flambeau en 2006-2007 avec Justice et Ed Banger mais il faut faire attention à ne pas se décrédibiliser en faisant du réchauffé.
On fait donc d’autres choses comme Breakbot ou Squarepusher qui est une aventure assez personnelle puisque je suis fan du label Warp. On sort aussi deux bandes originales de films, Notre Jour Viendra réalisée par SebastiAn, et Rubber, de Mr. Oizo et Gaspard de Justice : ce dernier est un beau projet car la rencontre n’était pas évidente. Gaspard qui se sépare de Xavier pour faire un autre projet c’est assez marrant.
Sinon on a fini l’album de SebastiAn je peux enfin le dire et il sortira début 2011. Feadz va sortir son nouveau maxi aussi.. C’est important pour moi de sortir des disques intègres et underground comme ça.

Tu parles de BO réalisées par SebatiAn et Mr. Oizo et Gaspard. Est-ce que toi, personnellement, ça te brancherait de participer à la bande originale d’un film ?

Pour être sincère je doute de mon talent à composer la musique d’un film. Je préfère laisser ça à d’autres gens qui sont bien plus talentueux que moi. Je me contente de faire mes petits maxis, un à l’année. Mais composer la musique d’un film c’est un challenge mortel.

Que penses-tu du retour de la nu-disco et de l’italo ?

Je trouve ça cool. La disco et l’italo j’étais un moment à fond avec Paper Recordings et tous ces labels anglais. Là je ne suis pas re-rentré dedans depuis mais aujourd’hui je peux dire que j’aime vraiment plein de styles différents ce qui est assez délicat.

Penses-tu qu’ils soient plus curieux à l’étranger ?

Oui bien sûr. Je pense qu’en France les gens réfléchissent un peu trop. Trop de réflexion bloque la spontanéité…

Voici maintenant la petite sélection des vinyles… Tu choisis le vinyle qui te plait à l’intérieur duquel tu trouveras une question..

Premier album des Chemical Brothers, Exit Planet Dust.

De tous les vinyles présents, c’est le plus vieux disque et qui a été un album super important pour moi. Il est sorti à peu près en même temps que Homework. Les Daft ont d’ailleurs remixé un morceau, Life Is Sweet.

La question : « Quelle est la musique qui m’a le plus influencé ? »

On va dire, probablement que c’est assez bizarre mais quand je tape sur mes machines je fais des choses qui ressemblent à du Rick Rubin, du Beastie Boys ou du Run DMC. Le hip hop des années 80.

Un second maxi…


On va prendre le Carte Blanche. La maison. Un très bon maxi de mon frère DJ Mehdi et notre cousin Riton. C’est un disque qui est important pour montrer qu’on a envie de faire d’autres choses pour les clubs dans lesquels on danse. C’est une envie d’aller un peu ailleurs, là où l’on ne nous attend pas.

La question : « Quel est ta devise favorite ? »

J’en ai plusieurs mais je choisirai : Blood, Sweat & Tears. Du sang de la sueur et des larmes. Ca me rappelle un moment où on tournait beaucoup avec Justice. Les soirées partaient vraiment en vrille mais j’aimais voir les gens sauter partout, en train de faire du stage diving. Et à un moment donné forcément ça finissait souvent avec un nez cassé ou une arcade sourcilière ouverte. Ca suait évidemment car on était nombreux dans ces boites de nuit et à la fin ça pleurait parce qu’il fallait bien mettre le dernier morceau et dire au revoir aux filles vers 06h du matin.

Cet article à été écrit le Jeudi, novembre 18th, 2010 à 18:17 dans la catégorie Featured. Suivez le contenu de cet article avec le flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback à partir de votre propre site.

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